Barlaam et Josaphat : une glossolalie musicale dans la chapelle royale de Drottningholm
C'est précisément ce voyage à travers les langues qui constitue l'un des éléments les plus fascinants de l'ensemble du travail. Le texte naît de la rencontre de fragments appartenant à sept traditions linguistiques différentes : le grec, le latin, le vieux-slave, l'ancien croate, l'ancien français, l'ancien occitan et l'italien. Mais nous ne sommes pas devant une simple mosaïque philologique. Chaque langue porte en elle un univers sonore qui lui est propre : le poids des consonnes change, de même que la durée des voyelles, les accents et la prosodie ; et avec eux se transforme la manière même dont la parole peut devenir musique. Le plurilinguisme devient ainsi une véritable glossolalie musicale, presque une Pentecôte du son.
La glossolalie, ce « parler en langues » que le récit des Actes des Apôtres associe à la descente de l'Esprit Saint, trouve ici une surprenante transfiguration musicale : des langues éloignées dans le temps comme dans l'espace se succèdent sans que leur diversité ne produise d'étrangeté. Chacune conserve son timbre, son rythme et son articulation propres, mais toutes convergent dans la voix de Livljanić pour former un unique récit sonore.
Comme dans le miracle de la Pentecôte, la multiplicité des langues ne divise pas, mais devient une possibilité de compréhension : une glossolalie où c'est la musique qui devient langue commune.
La mise en scène de Yoshi Oida, avec l'assistance à la direction de Yasuyo Mochizuki, accompagne cette dimension sans jamais la surcharger. Elle ne construit pas une scène autour de la musique, mais laisse le geste, la voix, le regard et la relation entre les interprètes peupler l'espace. La gestuelle, nourrie également par l'expérience du théâtre asiatique, semble ainsi ramener la légende, par l'imagination, vers ses origines orientales, celles d'où commença son très long voyage.
Aux côtés de Livljanić, Norbert Rodenkirchen, aux flûtes et à la harpe, et Albrecht Maurer, à la vielle et à la rebec, n'assument jamais une fonction de simple accompagnement. Ils jouent, mais deviennent progressivement des personnages de la trame. (...)
La frontière entre musicien et personnage s'amenuise, et les instruments eux-mêmes acquièrent une fonction dramaturgique autonome : la rebec peut devenir inquiétude, la flûte évoquer une distance indéfinissable, la harpe suspendre pour quelques instants le cours du récit.
La reconstruction musicale et l'adaptation du texte réalisées par Livljanić, ainsi que le travail instrumental de Rodenkirchen et Maurer, ne cherchent donc pas à donner l'illusion de restituer une partition perdue. Les sources sont traversées, assimilées et recomposées : mélodies, formules, modes d'interprétation et traditions diverses se fondent en un continuum où il devient presque impossible de distinguer la reconstruction, l'interprétation et la création nouvelle. (...)
C'est peut-être précisément cette stratification qui confère au spectacle sa sacralité particulière. (...) Ici, le son n'accompagne pas le sacré comme un ornement : il contribue à le faire naître. (...) Écouter Dialogos dans la Slottskyrka rend à nouveau manifeste combien la qualité de la musique peut devenir en elle-même une part de l'expérience spirituelle. (...)
Peut-être est-ce là le sens le plus profond du nom Dialogos : nous rappeler qu'une tradition demeure vivante non lorsqu'elle est conservée immobile, mais lorsqu'elle continue de parler, de se transformer et de voyager.
Mirko Gragnato, Musica, août 2026
La chanteuse dispose d'une intuition impeccable pour l'expression des émotions, d'un contrôle et l'équilibre intérieur.
Avec seulement quelques notes, Albrecht Maurer et Norbert Rodenkirchen apportent leur soutien à la voix, en la structurant, l'accompagnant habilement et avec contemplation. Le mieux est de se laisser emporter par ce fort désir, par ce pouvoir rare de persuasion mais aux allures sensuelles et artistiques.
Concerto, Reinhard Kriechbaum, janvier-mars 2022
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