Programmes

Madeleines impressionnistes et gourmandises néogothiques

Le temps passe et ne passera pas de nouveau…
(Erik Satie)

Dialogos vous convie à une promenade dans l’ambiance feutrée des salons et des café-concerts parisiens du début du 20e siècle, à la rencontre de poètes, musiciens, diseurs, moqueurs... inspirés par l'univers médiéval et ancien.

Nous y rencontrons la figure fascinante et controversée d'Yvette Guilbert (1865-1944), chanteuse-diseuse, actrice et écrivain. Cette femme d'exception a développé un riche répertoire musical dans le cadre du café-concert. En collaboration avec le musicologue Jean Beck, elle a joué un rôle important dans la redécouverte des chants médiévaux, qu’elle a interprétés, accompagnée au piano, au Carnegie Hall de New York et lors de nombreuses tournées internationales. 

Vidéo: Radislav Jovanov Gonzo. Production: Hommage production Zagreb 2017.

Notre promenade sinueuse et frivole dans le Paris de la Belle Epoque, nous mène également à la rencontre d’autres personnalités marquantes du début du 20e siècle : Erik Satie (1866-1925), gentleman de velours gris vêtu, avec ses rêveries gothiques, ou encore Claude Debussy (1862-1918) qui savait mieux que quiconque servir des madeleines impressionnistes trempées dans d'élégantes mélodies néo-médiévales. Presque tous les protagonistes de ce programme se sont croisés au célèbre cabaret montmartrois Le Chat Noir : le style de cabaret y touche le néo-médiévalisme,  et un autre illustre diseur, Vincent Hyspa (1865-1938), y compose des textes pour Satie et Debussy.

Le fil conducteur de ce programme intime et ironique est loin de nous lancer dans la reconstruction historique d’une autre reconstruction historique… Les artistes de la Belle Époque s’inspiraient de l’Antiquité et du Moyen Âge, certes, mais ils en jouaient également d’une manière savoureuse et libératrice. Tantôt ils reprenaient des mélodies médiévales en les accompagnant d’accords crémeux et acidulés au piano, tantôt ils pouvaient citer librement des fragments de modes grégoriens, et parfois encore, ils inventaient habilement des œuvres nouvelles en les faisant passer pour des objets rares ressuscités du passé, tandis qu'ils s’y amusaient avec intelligence et ironie…

Au fil de chansons parsemées d'histoires, évoquant l'ambiance d'un petit salon nostalgique et moqueur, nous aurions pu nous contenter de ne choisir que des compositions directement inspirées de sujets médiévaux, de textes anciens ou bien portant des titres « médiévalisants ». Mais, comme le dit Yvette Guilbert : « il y a un temps pour tout : … un temps où vous êtes prisonnier de votre formule, et… un temps où votre formule vous laisse fuir ». Nous avons essayé de fuir : ainsi, aux côtés de chansons médiévales ou néo-médiévales, nous interprétons des œuvres dont la déclamation, les fragments de modes grégoriens, servent non pas à faire revivre un répertoire ancien ou à créer une jolie arabesque vocale, mais à savourer ces histoires sacrées, érotiques et ironiques, dont le chant se détache à peine de la voix parlée, déclamée et jouée.