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Une histoire biblique de la Croatie renaissante
Reconstruction musicale : Katarina Livljanić

Le livre de Judith, tiré de l’Ancien Testament biblique, met en scène la veuve de Béthulie qui tue l’ennemi Holopherne pour libérer son peuple. Ce texte fameux est devenu le chef-d’œuvre de la littérature croate, consigné par le poète dalmate du XVIème siècle Marko Marulić. Ecrite en langue croate, « à la manière des vieux poètes glagolitiques traditionnels », cette histoire est l'un des rares textes conçus par Marulic dans sa langue maternelle. Il s’adressait vraisemblablement à un public féminin, lequel n’était en général pas familier de la langue latine.

Extraits du film « Judith » tourné en septembre 2010 à l'église St Donat à Zadar (Croatie), en coproduction avec la Télévision Nationale Croate.

Judith est une femme juive forte et pieuse, elle est aussi une belle et dangereuse enchanteresse qui s’infiltre dans le palais de l’ennemi assyrien, séduit le puissant Holopherne et lui coupe la tête. L’Agonie de Judith, telle que la propose Katarina Livljanić, transpose cette cruelle histoire mêlant Eros et Thanatos dans un univers intimiste et nostalgique, puisant dans les disputationes médiévales (connues aussi sous le nom d’ « agonies »), de la tradition glagolitique. Nous suivons l’histoire principale, mais nous la quittons aussi pendant un instant pour entendre ce qui se passe dans les pensées des personnages principaux : juste au moment où la tête d’Holopherne se sépare de son corps, ses pensées se « séparent » elles aussi, par le biais d'un dialogue entre l'âme et le corps, au moment du sommeil d'Holopherne ivre, juste avant sa mort. Un dialogue intérieur tout différent occupe Judith au même moment, pendant son agonie personnelle : son âme et sa raison dialoguent à l’instant où elle invoque l’aide de Dieu pour tuer l’ennemi de son peuple – ennemi qui est pourtant amoureux d’elle. Ces monologues intérieurs transforment l’histoire biblique en une oeuvre intemporelle tissée autour de personnages complexes.

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Le texte de Judith a survécu sans mélodie. Sa structure metrique coïncide pourtant  avec celle d’un nombre restreint de mélodies glagolitiques chargées d’émotion et d’une grande force musicale et dramatique, utilisées surtout dans le contexte des chants narratifs de la Semaine Sainte. Le texte de Marulić cite aussi quelques rares répons de tradition latine, conservés dans les manuscrits dalmates, chantés en accompagnant les lectures nocturnes du livre de Judith. Toutes ces sources ont aidé à la reconstruction musicale de ce texte et au travail sur les personnages et les situations dramatiques.

Judith, Holopherne, ainsi que tous les démons personnifiés qui habitent leurs imaginations respectives, sont interprétés dans ce monodrame musical par une voix féminine qui ne cesse de se travestir et de jouer/chanter plusieurs personnages, ainsi que par une vielle, une lirica (instrument à cordes croate traditionnel, accordé d’une archaïque manière dissonante) et des flûtes archaïques.

Ils établissent ensemble au fur et à mesure de l’histoire, une densité emotionelle croissante et transposent cet ancient récit avec ses mélodies dalmates puissantes et nostalgiques dans un contexte scénique nouveau.

Programme avec sur-titrage

Katarina Livljanić, voix, direction
Albrecht Maurer, vielle & lirica
Norbert Rodenkirchen, flûtes

Mise en scène, décor et costumes : Sanda Herzic
Création et régie lumières : Marie Bellot
Conseil philologique: Bratislav Lučin

Les instruments de Norbert Rodenkirchen : flûtes traversières (Neidhart Bousset, Boaz Berney), flûte traditionnelle de Lombardie (anonyme), dvojnice (Stjepan Vecković)

Les instruments d'Albrecht Maurer : vielle (Thilo Viehrig), lirica (Zlatko Glavinić)

Remerciements à Gesine Moritz, styliste (Cologne)

Spectacle en coproduction avec le Centre Culturel de Rencontre d'Ambronay et Arcadi (Action Régionale pour la création artistique et la diffusion en Île-de-France).